• Chapitre 8

    De la main gauche elle coince la fourchette dans le creux de son bras droit, puis empoigne le couteau de la main gauche. Elle commence à essayer d'extraire les morceaux de viandes, mais la fourchette glisse. Elle n'avait pas pensé à ce détail. Elle décide de passer sur les légumes à côté en attendant de trouver une solution.

    S: "Merci, je te souhaite également un bon appétit"

    P: "Veux-tu un peu d'aide? Je vois que c'est un peu difficile pour toi. Je n'avais pas pensé à cet aspect quand je t'ai conseillé les brochettes"

    S: "Ce n'est pas un peu d'aide qu'il va me falloir ..." et elle regarde l'assiette dépitée puis poursuit "ça m'embête mais ... pourrais-tu défaire toutes les brochettes s'il te plait ?"

    P: "Oui bien sûr, aucun problème".

    Pierre défit toutes les brochettes dans ton assiette, puis fit de même dans la sienne. 

    P: "Voilà, comme ça si tu veux piquer dans mon assiette, tu peux le faire également" et il lui sourit. 

    S: "Ok super"

    Stéphanie recommence la manoeuvre, la fourchette dans le coude droit et le couteau dans la main gauche. Pierre la regarde admiratif. Elle avale les premiers morceaux sans problème, mais évidemment c'était trop simple de s'humilier une fois devant le mec parfait, il fallut que cette fourchette glisse et bien entendu du mauvais côté et du coup impossible de la ramasser. 

    P: "Attends, ne bouge pas, je vais la ramasser"

    Pierre s'exécuta et appela le serveur pour obtenir une fourchette propre. 

    S: "Je suis vraiment désolée, en général ça ne foire pas à ce point là ..."

    P: "Je ne vois pas de problème, ça peut arriver à tout le monde"

    S: "Et toi qui me demandais les difficultés du quotidien, tu trouves réponses à tes questions là ? T'es gentil. On sait tout les deux pourquoi elle est tombée à terre ..."

    P: "Oui, mais je vois surtout que tu te débrouille très bien"

    Pierre voit les yeux de Stéphanie s'embuer et son regard se détourner. 

    S: "Désolée, il faut que je me calme. Ca m'énerve un peu quand les choses ne vont pas comme je veux"

    P: "Ne t'inquiètes pas, il n'y a aucun problème" et il prend la main gauche de Stéphanie dans la sienne. 

    Elle lui sourit, mais est un peu perdue, elle ne sait plus quoi. A la fois elle est bien, elle voit bien qu'il ne va pas fuir, et à la fois incapable de lui montrer qu'un bout de bras ne dicte pas le reste de sa vie. Elle cache son bras droit sous la table, et décide de poursuivre à la main gauche. 

    P: "Ca va mieux ?"

    Stéphanie lui répond "oui" de la tête, mais Pierre remarque son geste et s'étonne. 

    P: "Ca ne te ressemble pas de te cacher"

    S: "Non ... mais je ne veux pas que ça foute la soirée en l'air."

    P: "Il n'y a aucun risque, cette soirée est magnifique. Donne-moi ton petit bras s'il te plait"

    Elle le regarde complètement étonnée, "pardon ?"

    Pierre lui tend sa main gauche et répète sa demande, "S'il te plait, donne moi ton petit bras..."

    Timidement, Stéphanie le place dans sa main et ne quitte pas Pierre des yeux, elle se demande ce qui va lui arriver. Pierre la regarde intensément aussi. Sa main se referme doucement sur son moignon et son pouce le caresse lentement.

    P: "Ce petit bras c'est toi, comme ta main droite, comme ton pied ou toute autre partie de ton corps. Chacun est comme il est. Alors il n'est pas là pour gâcher la soirée, il est là au même titre que tu es là avec tes grands yeux verts"

    Stéphanie sourit, ce que tu me dis me touche et en même temps des pensées négatives me hantent.

    P: "Je te vois embarrassée. Explique-moi tes pensées ? Ai-je dis quelque chose qui t'a choquée ?"

    S: "Pourquoi tiens tu autant a ce que mon handicap soit vécu au grand jour ?"

    P: "Je veux seulement que tu sois toi-même, belle et naturelle. Sois libre avec moi. Libre de ne pas te poser de questions."

    S: "Honnêtement, je pense qu'à ce stade ci des choses, c'est impossible. Les questions j'en aurai encore un petit moment. Je crois que le fait que tu sois  à l'aise comme ça me déstabilise un peu "

    P: "Oh je suis désolé, ce n'est pas du tout mon intention. En aucun cas je voudrais te déstabiliser, bien au contraire. Je me sens bien avec toi. Et je voudrais que ce soit partagé. Pardon si je suis maladroit"

    S: "Moi aussi j'aimerais être bien. Et non tu n'es pas mal adroit. Je pense vraiment que ça fait longtemps que je n'ai pas vécu un moment pareil. Il est beau. Je pense qu'au fond de moi j'ai simplement peur que mon handicap te fasse fuir un jour ou l'autre, simplement parce que tu ne supporteras plus de ramasser ma fourchette tous les deux repas."

    P: "Je n'ai jamais été doué pour la course à pied. On trouvera une solution pour que la fourchette ne t'échappe plus, on mettra un scratch par exemple"

    S: "Tu verras. Si c'était si simple, je l'aurais déjà fais depuis longtemps."

    Pierre rit, "on trouvera autre chose alors"

    S: "En fait si je ne supporte pas la prothèse trop longtemps, c'est simplement parce que je supporte plus rien sur ce morceau de bras. Ma peau réagit trop vite, je suis devenue trop sensible. Je n'ose rien fixer à cet endroit. Il faut que je me débrouille avec ce que le chirurgien m'a laissé"

    P: "Oh je comprends... même pas les caresses d'un amoureux ?"

     

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