• Pour une fois que le train aurait pu avoir du retard ...

    Je pris le tramway à l’arrêt « maison du tourisme ». un tramway bondé de cette affluence d’un mercredi qui précède les fêtes, en pleine heure de pointe. Je remarquais immédiatement une jeune femme, coiffée d’un épais bonnet de laine verte, à grosses mailles, et couverte d’un manteau de cuir à capuche fourrée, assise sur un fauteuil roulant e motion, ce genre de fauteuil aux roues à moyeu motorisé, mais relativement léger, dépourvu d’accoudoirs et n’ayant pour repose-pieds qu’une simple barre d’aluminium. Sa situation la rendait plus basses que les autres voyageurs, et de ce fait elle ne passait pas inaperçue….

    Elle tournait souvent et brièvement la tête dans ma direction, pour se rendre compte de la difficulté qu’elle allait avoir pour sortir de la rame. Comme je l’observais, nos regards se croisèrent de courts instants, sans rien toutefois laisser transparaître. Je ne l’avais encore jamais vue, et je la trouvais évidemment belle, charmante, séduisante. Ses longues cuisses étaient passées dans un collant noir, et ses jambes gainées de bottes en croute de cuir.

    Nous arrivâmes à l’arrêt Verdun. Un homme lui fit savoir qu’il s’écarterait de son chemin au cas ou elle veuille descendre, mais elle déclina sa proposition en précisant qu’elle descendrait au prochain arrêt. Elle descendit donc à chavant, et je la devançais en descendant aussi. J’attendis quelques secondes sur le quai, puis la vit sortir de la rame de tramway, face à moi. Elle devait faire au moins un mètre soixante quinze, était droite, presque cambrée, dans son fauteuil. Elle en fit tourner les roues lentement, et, comme il était à assistance électrique, elle atteignit rapidement sa vitesse de croisière. Elle se dirigeait en direction du cinéma. Comme je la trouvais belle, et me délectais de son image, je la suivis…jusqu’à l’entrée de l’établissement. Elle y était entrée pour se rendre aux toilettes. J’attendis à l’extérieur avec une vue sur la porte où elle s’était engouffrée, bien décidé à la revoir. 5 minutes, puis dix. Je voulais la revoir, apprécier encore sa silhouette….tel un enfant devant un magasin de jouets ou de maquettes, qui sait qu’il ne les aura jamais. elle ressortit du cinéma, un petit sac d’achats sur ses genoux, qui avant pendait derriere le dossier de son fauteuil. Elle attendit au feu rouge pour traverser l’avenue, ce qui est raison garder lorsque l’on est en fauteuil.je me tenais quelques mètres derrière elle. Je la suivis lorsqu’elle traversa, puis nous gagnâmes chacun de notre coté l’arrêt de tramway. Je passais a coté d’elle pour valider mon ticket sur la borne, puis fit mine d’attendre le tram. Elle l’attendait aussi. Elle n’était pas plongée dans un téléphone, et n’avait aucune bague aux doigts. Je commençais à spéculer sur elle, en me disant qu’elle n’avait peut être pas de chéri…… Je lui lançais de doux regards, avec de timides sourires, discrètement, en tournant a peine la tête. Et la….elle me regarda avec un sourire en coin, dont je me rappellerai toujours. Elle roula jusqu'à moi et me demanda

    - «Excusez moi… ; vous ne seriez pas en train de me suivre, par hasard… ? »

    J’éprouvai alors un sentiment de culpabilité, et me trouvai comme un gibier qu’une flèche eût débusqué…. J’étais extrêmement impressionné par son aplomb, son sourire….sa personnalité…..et je bredouillais pour chercher mes mots, me refusant à admettre que je la suivais….

    - « pas du tout, répondis-je…. Par contre, je vous trouve très charmante…. "

    Toujours souriante, elle me répondit. 

    - « Merci beaucoup, c’est gentil. Sauriez vous ou est la bibliothèque antigone ? »

    Et je ne savais pas lui répondre….

    - « non, je ne vois pas…." Dis je.

    J’aurais du lui répondre autre chose. « Non, avez-vous un nom de rue ? Non, mais je vous y aurais volontiers accompagnée…. Non, je suis désolé…mais allons regarder le plan…."mais ma gorge était nouée, mon cœur battait la chamade….je me retrouvais muet, estomaqué, frustré de m’être fait remarquer….je ne savais plus que dire. Je me résignais à la laisser monter dans son tram C, et je pris le mien, après elle. Je mis longtemps à décrocher de ces moments idylliques que je venais de vivre. Plusieurs heures. Enervé contre moi-même de n’avoir pu enclencher de dialogue, d’avoir été réduit à la timidité et la culpabilité…. Je demande pardon à ma famille, d’avoir été a ce point émoustillé, par une jeune femme que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam. Un coup de foudre de plus, un coup d’épée en plein cœur. Le peu de dialogue que nous avions eu, restera à vie gravé dans ma mémoire, malgré sa teneur pauvre et courte. Je rêve depuis de la recroiser, pour me remémorer à elle. Pour lui confirmer, sans lui mentir et franchement, qu’effectivement je la suivais…. Et lui signifier encore que je la trouvais si belle…..

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